
A Propos du film
Touki Bouki, l’icône indocile du cinéma mondial
Il y a des films qui racontent une époque, et d’autres qui la débordent. Touki Bouki (1973) appartient à cette seconde catégorie rare. Œuvre fulgurante de Djibril Diop Mambéty, le film n’a jamais cessé d’irradier l’imaginaire du cinéma mondial, s’imposant comme une icône culturelle au sens plein : libre, indomptable, toujours contemporaine.
À sa sortie, Touki Bouki fracasse les codes. Ni film militant au sens attendu, ni fresque folklorique destinée à un public international, il invente une langue cinématographique neuve, syncopée, insolente. Mambéty y mêle satire sociale, tragédie intime et expérimentation formelle avec une audace qui précède de plusieurs décennies le cinéma dit « postmoderne ». Le montage éclaté, l’usage iconoclaste de la musique et des sons, la puissance des images urbaines et rurales du Sénégal composent un poème visuel immédiatement reconnaissable.
Mais l’icône Touki Bouki ne tient pas seulement à sa forme. Elle réside dans son geste. Le film capte, avec une lucidité cruelle, le désir de départ, l’illusion de l’ailleurs, la violence symbolique de la modernité imposée. Mory et Anta ne sont pas des personnages : ils sont des figures, des mythes contemporains, dont l’errance parle aussi bien à Dakar qu’à Paris, New York ou Tokyo. En cela, Touki Bouki dépasse son contexte sénégalais et africain pour atteindre une dimension universelle.

Cité, restauré et célébré par les plus grandes institutions internationales, de Martin Scorsese à la Criterion Collection, Touki Bouki est aujourd’hui reconnu comme l’un des films fondateurs du cinéma moderne. Une œuvre qui continue d’inspirer cinéastes, artistes et penseurs, précisément parce qu’elle refuse toute domestication.
Plus qu’un film culte, Touki Bouki est une déclaration de souveraineté artistique. Une preuve éclatante que le cinéma, lorsqu’il est radicalement libre, n’imite rien : il invente.
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